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15/06/2021
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RDC : expérience douloureuse d’une démocratie avec candidature unique !


 
Par Michel BUTANGAZI
 
Félix Tshisekedi, Président de la République Démocratique du Congo arrive au pouvoir le 24 janvier 2019 succédant à Joseph Kabila. Une alternance démocratique et pacifique chargée de souvenirs.

Deux années et six mois entiers au pouvoir, menées tambour battant, auront été suffisantes pour faire éclater la baudruche : Félix Tshisekedi n’est pas le super-héros que la RD Congo attendait en matière de la Démocratie et de l’Etat de droit.

Devenu l’homme le plus craint à défaut d’être respecté, le Président de la République a su, contrairement à son prédécesseur, occuper l’espace politico-médiatique, imprimer son tempo, avancer ses idées de changement et même fédérer au-delà de son propre camp. Aujourd’hui, avec l’avènement de l’Union sacrée de la nation qu’il a créée à la suite de la fin de la coalition FCC-CACH qui le liait à son prédécesseur, Joseph Kabila, le voilà qui, faute de violations répétées de la constitution, peine à convaincre et à rassembler tous les grands acteurs majeurs de la politique congolaise et de la société civile.


L’actuel locataire du Palais de la Nation se voyait dans le rôle d’un vrai Démocrate et respectueux des textes en prônant l’Etat de droit. Il s’est retrouvé propulsé dans une aventure qui n’était pas la sienne, et contre laquelle, il a lui-même combattu quand il était dans l’opposition, le tyran qui impose des candidats à tous les postes des bureaux définitifs des assemblées (nationale et provinciale) et du Sénat. Résultat des courses : ses stratagèmes ressemblent à un mauvais copier-coller des projets machiavéliques que l’Udps, son parti politique, a combattu pendant plus de 30 ans. Le peuple d’abord qu’il a promis d’améliorer les conditions de vies, l’attend au tournant de la prochaine échéance électorale de 2023.

Quant à ceux qui sont aujourd’hui devenus comme ses nouveaux alliés parmi lesquels on compte les transfuges du FCC et les deux anciens poids lourds de la plateforme LAMUKA, en l’occurrence Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, ils font preuve d’une solidarité à géométrie invariable et hésitent à marquer leurs différences même lorsque les couleuvres se révèlent trop grosses à avaler.


Election du Bureau définitif à l’Assemblée Nationale


C’était une jurisprudence très singulière et irréfutable, une première pour la politique congolaise, l’élection du bureau définitif de l’Assemblée nationale, à la suite de la déchéance du bureau Mabunda en décembre 2020.
L’élection avait été organisée le 03 février par le bureau d’âge qui devait l’organiser sous la conduite et l’arbitrage du doyen de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso, qui se trouvait être lui-même candidat au poste de Président. Comme si cela ne suffisait pas, le Président du bureau d’âge était au même moment, président la commission de validation des candidatures mis en place par lui. Dans le traitement des candidatures, comme cela avait déjà été aplani par ceux qui ont rejoint le Président Félix Tshisekedi dans sa vision d’Union sacrée de la nation afin de franchir tout obstacle, tous les candidats qui ne faisaient pas partie du Ticket de l’Union sacrée ont été écartés au motif, soit qu’ils n’avaient pas été élus députés en tant qu’indépendants, soit que leur candidature n’avait pas requis l’autorisation de leur parti ou regroupement politique.
Malgré des recours déposés au Conseil d’Etat par les 14 députés dont les candidatures ont été rejetées et qui ont brandi le règlement intérieur adopté en 2019, lequel interdisait aux députés de quitter leur camp pendant la législature, le camp de l’Union sacrée avait déjà en amont muri leur stratégie par l’arrêt de la Cour constitutionnel qui, en janvier, avait déclaré inconstitutionnelle, cette disposition du règlement intérieur. Et sans surprise aucune et dans une plénière de 481 députés présents, tous les candidats du président Félix Tshisekedi, seuls en lice, ont repris le contrôle du bureau définitif de l’Assemblée Nationale.


Election du Bureau définitif à l’Assemblée du Haut-Katanga


Devenu à l’accoutumée dans la politique congolaise, la démocratie à candidature unique s’est autant bien déchiffrée à l’élection du bureau définitif de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga où tous les postes à pourvoir ont été happés par des candidats uniques de l’Union sacrée du Président Félix Tshisekedi, même si sur la liste des candidats, il était clairement indiqué que seule la présidence avait enregistré deux candidatures dont l’une d’ailleurs a été écartée au profit de celui-là même, qui assumait l’intérim du bureau d’âge, le doyen d’âge Kyungu wa Kumwanza Gabriel.


Après la campagne électorale très aérée et un vote dont l’issue était connue de tous étant donné que le même système réussi à l’Assemblée nationale avec la requalification de la majorité et la déchéance du bureau dirigé par les caciques du FCC, tous les candidats du Président Félix Tshisekedi ont encore cette fois-là été élus et raflé tous les postes à pourvoir du bureau définitif qui est actuellement dirigé par le président Gabriel KyunguwaKumwanza.
 
Et le Sénat n’y échappe pas !


Le style démocratique instauré avec l’avènement du Président Tshisekedi est d’actualité depuis la fin de la coalition qui liait à l’ancien président Joseph Kabila, continue son bonhomme de chemin.
Pour empoigner totalement le contrôle du Sénat après l’assemblée nationale, le Président Félix Tshisekedi, de mèche avec la commission chargée d’examiner les candidatures, a évité toute surprise désagréable en alignant dans son ticket, une seule candidature au poste de Président du Sénat, en l’occurrence, le sénateur Bahati Lukwebo, en qui il a placé la confiance, d’abord quand il l’a nommé informateur pour identifier la majorité de l’union sacrée à l’Assemblée nationale.


Quelques jours après l’élection du bureau définitif, Samy Badibanga, seul rescapé du bureau Tambwe Mwamba avait démissionné quelques minutes après l’entrée en fonction de l’actuel bureau du Sénat dirigé le sénateur Bahati Lukwebo. Après un long suspens (3 mois après), le bureau du sénat a finalement annoncé l’organisation de l’élection du successeur de Samy Badibanga et le choix du président Tshisekedi sera porté sur Eddy Mundela Kanku dont le dépôt de candidature a été fait avec pompe et qui a même été présenté à la Base de l’Udps à Limeté par le secrétaire général de ce parti, Augustin Kabuya.


A la surprise générale, alors qu’il y avait un autre candidat, le sénateur Eric Makangu (Indépendant) qui, ayant déposé sa candidature en bonne et due forme, verra sa candidature être écartée au profit d’une seule candidature de l’homme du président Tshisekedi, le sénateur Eddy Mundela Kanku, qui sera devant l’impuissance morale de tous, le prochain 1er Vice-président du Sénat dont l’élection est prévue ce mercredi 09 juin 2021. Que dire de plus de ce coup de massue à la démocratie ?


Responsabilité du président Félix Tshisekedi devant l’histoire

constitutionnelle, alors bien sûr, avec ses discours intempestifs au pas de charge auront permis à Félix Tshisekedi de séduire les foules nostalgiques et revanchardes des combattants qui idolâtrent jusqu’à ses excès. Bien sûr aussi, il ne s’est trouvé en face de lui qu’avec l’ombre de son prédécesseur Joseph Kabila et quelques grands caciques du FCC restés jusque-là fidèles à ce dernier pour prétendre les défier. Sans ligne claire, sans stratégie électorale, sans candidats évidents aux différents postes à pourvoir au Sénat et aux Assemblées, le FCC reste un regroupement politique malade, abîmé, divisé. Miné par des querelles intestines et coincé dans un étau judiciaire qui se resserre pour certains des dignitaires de l’ancien régime, il assiste impuissamment à ce spectacle délétère qu’offre Félix Tshisekedi aux congolais et à notre démocratie. C’est d’ailleurs là que se situe le piège pour le Président Félix Tshisekedi : croire que le seul effet mécanique de la fin de la coalition FCC-CACH et de la requalification de la majorité parlementaire ou encore ses alliances avec les deux poids de LAMUKA venus à sa rescousse, lui permettrait de remporter sans efforts les prochains enjeux politiques voire scrutins de 2023. Une erreur funeste qui ne manquerait pas de profiter à d’autres, Katumbi en particulier.
Surtout, il reste beaucoup à faire pour recoller les morceaux de cette requalification de la majorité parlementaire acquise à l’Union Sacrée de la Nation quand on sait que seule la peur de perdre leur travail, émoluments et autres avantages, bref dissolution, que les députés nationaux se sont empressés à adhérer à la vision du Chef de l’Etat, sans compter ceux des députés qui se sont retirés du FCC, soit pour échapper aux ennuis judiciaires pour les uns, soit pour se positionner au prochain gouvernement pour d’autres.
Le président Félix Tshisekedi à travers l’union sacrée de la nation, n’a pourtant d’autre choix que de revenir au leitmotiv de sa vision qu’est l’Etat de droit en  respectant scrupuleusement les textes fondamentaux de la constitution, base d’une vraie démocratie, s’il veut reconquérir l’opinion et profiter de cette formidable occasion de mobiliser pour 2023. A condition d’en faire un vrai débat pour préparer la suite et pas seulement une procédure de violation intentionnelle de la constitution et des lois qui nous régissent pour départager les ambitions personnelles de ses compaires de l’Union Sacrée de la Nation.
Avec les qualités de son père : l’intelligence, le franc-parler, le style direct et franc, mais aussi le ton posé, le président Tshisekedi a aussi hérité de son père un esprit têtu, obstiné, ce qui lui a d’ailleurs permis de se départir de son allié Joseph Kabila sans effusion du sang mais le retour de la pensée unique en plein démocratie ne doit pas précipiter ses décisions en tant que Chef de l’Etat. Au contraire, il risque même de ternir à nouveau son image politique déjà ternie par l’aggravation des situations sociales de la population qui aspirait à un lendemain meilleur avec l’avènement de l’UDPS au pouvoir après 37 ans de lutte sans vergogne.
En somme, une élection dans une démocratie, c’est l’acceptation de compétir avec les candidats de toutes les sensibilités ou bords politiques. C’est le principe de laisser chacun exprimer ses ambitions d’être candidat ou électeur. D’une perspective négative, le mode de candidature unique exclut toute forme d’une élection dans un pays démocratique et donne lieu à un mode de nomination. On parle alors d’une tyrannie, et en réalité, cela serait coincé la République Démocratique du Congo dans un rond-point dictatorial dont les congolais feront le tour sans savoir quelle sortie prendre. Dérapages, violation intentionnelle et généralisée de la constitution, la Démocratie en République Démocratique du Congo est sacrifiée sur l’autel des intérêts d’un seul individu.

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